Lettre ouverte aux élu(e)s du Conseil régional d’Ile-de-France – 9 janvier 2019

Par ce courrier notre association « Affamons l’incinérateur de Créteil » vous interpelle sur le projet d’augmentation de la capacité d’incinération des déchets de l’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) située dans la ville de Créteil par la construction d’un troisième four.

Ce projet a fait l’objet d’un courrier du syndicat mixte de traitement des déchets urbains du Val-de-Marne (SMITDUVM) adressé en septembre dernier à La Présidente de la région Île-de-France, Madame Valérie PÉCRESSE.

Nous contestons l’opportunité de cette extension et l’absence de concertation et d’information objective à l’adresse des citoyen·nes dans un contexte national où, d’une part, ces mêmes citoyen·nes revendiquent la prise en compte de leur parole et, d’autre part, où la transition écologique semble être au cœur de tous les discours des représentant·es politiques.

Sur l’opportunité, outre les 100 000 tonnes a minima supplémentaires par an de déchets incinérés, ce projet implique une augmentation du trafic de camions pour l’alimentation des 3 fours, parconséquent une augmentation considérable de la pollution déjà importante dans une zone très peuplée, des plus polluée de la région, au mépris de la santé de chacun d’entre-nous, d’entre-vous.
On remarquera que cette démarche se fait sans étude d’impact préalable.

Rappelons que brûler des déchets doit être l’ultime recours. La réflexion avant l’élaboration d’un projet doit porter sur l’efficacité du tri des déchets en vue du recyclage et sur la capacité de recyclage des bio-déchets (compost….) actuellement brûlés. Le projet envisage une réflexion sur la gestion des bio-déchets, après coup. Que fera-t-on si l’on s’aperçoit que l’UVE est surdimensionnée ? On brûlera à tout prix !

En effet, consumer – après avoir consommé – des déchets est justifié dans le projet par le développement d’un « outil industriel de nouvelle génération favorisant la production d’énergie verte en s’inscrivant dans un projet de développement de l’économie circulaire et solidaire » : autrement dit « polluer pour moins polluer !? » en engageant un effort financier de près d’un milliard d’euros avec le risque de brider toutes tentatives de réduction des déchets à la source.

Et le service publique dans tout cela ? car c’est ce dont il est question ici, la gestion des déchets doit relever du service public. Les citoyen.es à travers les institutions représentatives doivent être maîtres des choix stratégiques et des évolutions de notre vivre-ensemble comme on dit. Dans le cas qui nous intéresse, le service est confié dans sa totalité à l’entreprise Suez : tri des déchets et incinération des déchets considérés non recyclables par l’entreprise elle-même sans supervision technique objective d’un service quelconque de l’état, de la commune, du département ou de la région. Rappelons que l’entreprise SUEZ est une multinationale plus sensible au profit qu’à la démocratie et au bien commun.

Vous devrez vous prononcer l’année prochaine sur le Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets (PRPGD). C’est une étape cruciale qui fixera les orientations de la région pour plusieurs années. Il faudra alors prouver que la démarche Zéro déchet mise en avant par la région n’est pas qu’un slogan !

Pour notre part, nous tenons à vous donner de premiers éléments d’analyse sur ce projet qui nous semble inutile, polluant et coûteux.

Les déchets : une énergie renouvelable, vraiment ?

Nous contestons la vision binaire du document qui tend à laisser croire que la seule option serait soit l’enfouissement soit l’incinération, même avec valorisation énergétique. En effet, la hiérarchie des modes de traitement des déchets place la valorisation énergétique en avant-dernière position. Elle privilégie d’abord la réutilisation, le recyclage et la valorisation des déchets organiques.

Ces modes de traitement des déchets doivent bien sûr intervenir après toutes les mesures de prévention de réduction à la source. Nous verrons par la suite que les efforts du SMITDUVM en la matière sont dérisoires. En tout état de cause, la valorisation énergétique n’est qu’un pis-aller et nourrit un cercle vicieux de dépendance aux déchets. Comment prôner à l’avenir une véritable politique de réduction des déchets alors qu’ils deviendront indispensables pour le chauffage de nos logements ?

Il faut le dire nettement, les déchets n’ont pas vocation à devenir une énergie renouvelable. C’est contraire à tous les principes de prévention rappelés précédemment.

Aussi, la logique qui devrait prévaloir est une diminution rapide du traitement des déchets par incinération pour promouvoir une vraie ambition Zéro déchet. Le plan B’OM du collectif 3R et de ZERO WASTE France, actualisé en juin 2018, expose une véritable politique alternative en la matière (disponible en ligne).

En matière de besoins de chaleur, la présentation du Schéma Régional Climat-Air-Energie (SRCAE) est singulièrement tronquée pour justifier le tout incinération. Ce document prévoit pourtant des objectifs ambitieux en matière de rénovation écologique des bâtiments et de limitation des gaspillages. Le SRCAE rappelle également que le Plan Régional d’Élimination des Déchets Ménagers et Assimilés (PREDMA) pose comme objectif de ne pas construire de nouvelles unités d’incinération sur le territoire, en cohérence avec une politique de réduction et d’amélioration du tri des déchets. Le SRCAE indique néanmoins que la part de l’énergie récupérée sous forme de chaleur pourrait augmenter sans augmenter les capacités d’incinération mais uniquement en améliorant le rendement des installations existantes : par une amélioration des rendements de production sur les UIOM raccordées aux réseaux de chaleur, par une réduction de leur production d’électricité au profit de la production de chaleur (en limitant la production électrique à l’autoconsommation des unités), par le raccordement des UIOM existantes sur des réseaux de chaleur existants à proximité ou à créer.

D’autres sources d’énergie alternatives sont également disponibles et à développer : géothermie, filière énergie-bois, préchauffage de l’eau par des systèmes solaires thermiques, éolien …

L’ignorance délibérée des évolutions du cadre légal

La loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte prévoit un objectif de 65 % de recyclage des déchets d’ici 2025 alors que nous sommes aujourd’hui autour de 42 %. En privilégiant l’incinération, le SMITUDVM semble ignorer cette évolution légale.

Il est clair que nous ne souhaitons pas que Créteil soit la poubelle de l’Ile-de-France en accueillant dans un premier temps 100 000 tonnes de déchets supplémentaires puis en 2031, jusqu’à 263 896 tonnes supplémentaires, déchets provenant de la région parisienne et transportés par des milliers de camions supplémentaires. En effet, la capacité actuelle de l’incinérateur de Créteil est déjà très supérieure au besoin de la population des 639 000 habitants des villes adhérentes au syndicat intercommunal, le SMITDUVM. Il semblerait logique de diminuer au contraire progressivement la capacité de tous les incinérateurs jusqu’à pouvoir s’en passer définitivement.

Il semble ici que nous soyons en fait victime d’un véritable business qui fait voler les tonnes de déchets au-dessus de la tête des habitant·e·s de l’Ile-de-France !

Le SMITDUVM ne semble pas prendre en compte non plus la hausse du coût du traitement par incinération lié à la hausse considérable de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes. Les orientations fiscales sont claires en la matière pour réduire le traitement des déchets par l’incinération.

A noter que la diminution forte du coût de la tonne déchet traité par incinération invoqué par le SMITDUVM est déjà acté dans le cadre du renouvellement de la concession au début de l’année 2018, indépendamment de la construction du troisième four.

Des mesures de prévention dérisoires

Il faut tout d’abord noter que l’article L. 541-1 du Code de l’environnement prévoit qu’en matière de déchet, la priorité doit revenir à la prévention. L’examen de ce chapitre dans le document du SMITDUVM est en ce sens particulièrement alarmant.

Ainsi, le syndicat prétend mettre l’appropriation citoyenne au cœur de son action. Pour ce faire, il prévoit de mettre en œuvre un site internet, un Valo Truck (encore un camion !?) et des visites du site avec réalité augmentée. Si la pédagogie est nécessaire, nous serions curieux de connaître le budget dédié à ces mesurettes et leurs impacts réels sur la production de déchets … On constatera en particulier que rien n’est prévu à destination des professionnels (commerces, restaurants, entreprises …). Leurs déchets dits « assimilés » aux déchets ménagers représentent pourtant une part importante des déchets traités.

En matière de biodéchets, le SMITDUVM annonce une « vaste étude » en 2019 sur leur prise en charge. Il faut rappeler que ce type de déchet représente près du tiers de nos déchets incinérés et que la loi de transition énergétique prévoit l’obligation d’une collecte spécifique d’ici 2025. Aussi, des milliers de tonnes de déchets pourront être soustraites à l’incinération. Comment comprendre alors que cette évaluation n’intervienne pas en amont d’un projet d’extension des capacités d’incinération ?

Un enjeu démocratique et citoyen

Vous le comprenez, derrière ces questions parfois un peu techniques, il y a un véritable enjeu de transparence démocratique. Les habitant·e·s concerné·e·s doivent pouvoir disposer de toutes les informations pour se prononcer sur de tels projets.

Le SMITDUVM conçoit la gestion du stock de déchets actuel comme une fatalité sans se projeter dans une politique régionale ambitieuse. L’objectif devrait pourtant être de construire un PRGPD écologique, adapté aux besoins des habitant·e·s de l’Ile-de-France.

Vous pouvez le constater, le consensus affiché par le document du SMITDUVM est une illusion. Le projet de construction d’un troisième four à Créteil a clairement un temps de retard sur les évolutions nécessaires pour assurer la transition écologique. Afin de vous exposer plus avant notre position sur ce dossier, nous sollicitons auprès de chacune et chacun d’entre vous un rendez-vous. Nous souhaitons également être reçu·e·s par la commission en charge de l’élaboration du PRPGD.

Nous vous informons que nous demandons également une audience auprès du SMITDUVM en espérant pouvoir faire évoluer rapidement leur projet dans la concertation.

Nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs les élu·e·s du Conseil régional, nos sentiments les meilleurs.
L’association « Affamons l’incinérateur de Créteil »

contact : affamons.incinerateur.creteil@gmail.com


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